Troisième volet, s’assurer que le rival de toujours, le Maroc, ne puisse s’ancrer dans la région comme partenaire incontournable de la lutte anti-terroriste. Pour ce faire, les services de sécurité algériens ont saisi une petite maladresse de la logistique militaire malienne pour accuser d’"incompétence" toute l’armée malienne. Cette dernière est mise à l’index par l’Algérie, mais en réalité c’est tout le mali qu’une partie de l’Etat algérien cherche à ostraciser, avec une différenciation de prises de positions entre le Palais, dirigé par Abdelaziz Bouteflika, et l’armée.
Petit rapple des faits : le 18 septembre, alors que des unités de l’armée mauritanienne-sous équipées- étaient en pleine bataille dans le désert malien, contre une Katiba (colonne) d’AQMI, un camion-citerne malien non escorté est parti de Tombouctou pour ravitailler les unités mauritaniennes. Le véhicule a été intercepté par des combattants d’ AQMI, qui l’ont siphonné avant d’y mettre le feu. L’armée mauritanienne aurait fait de mauvais calculs de ravitaillement, et s’est vu obligée d’appeler à sa rescousse les forces armées maliennes, compte tenu de leur proximité du champ de bataille. A la suite de cet incident, les services de sécurité algériens ont saisi cette opportunité pour reprocher à l’armée malienne son incompétence. En réalité cette histoire sert surtout de prétexte afin de rappeler à l’ordre le Mali voisin. N’ayant pas réussi à s’imposer dans la région du Maghreb Arabe, les Algériens grincent des dents pour imposer leur leadership dans l’espace sahélo-subsaharien. Une semaine après les confrontations entre l’armée mauritanienne et AQMI, le patron du DRS, Mohamed Médiène, alias « Toufik », aurait dépêché sur zone l’un de ses hommes de confiance, le colonel Ramtane Amari. L’officier s’est rendu au Niger et en Mauritanie, mais a « sauté » l’étape Malienne. Objectif: préparer un futur sommet anti-AQMI, qui s’est tenu non plus à Bamako, comme prévu initialement, mais en Algérie. Une manière de faire comprendre à Bamako que c’est par Alger que tout doit converger en matière de lutte contre le terrorisme. Or, lors du sommet arabo-africain à Syrte, les maliens ont fortement communiqué sur une séance de travail réunissant le président algérien, ainsi que ses homologues mauritaniens et maliens. Durant cette réunion, spécifiquement dédiée à la lutte anti-AQMI, Abdelaziz Bouteflika aurait pris le contre-pied de la stratégie du général « Toufik », assurant Amadou Toumani Touré de tout son soutien. Les deux présidents auraient décidé la mise en place d’un canal de communication « direct », afin d’éviter les « malentendus ». Sauf que ces derniers semblent s’empiler, l’Algérie ayant très mal accueilli la réunion d’experts du G8 qui se termine aujourd’hui à Bamako, la considérant comme la porte ouverte aux « ingérences étrangères dans la région ». Assistera-ton à une dégradation supplémentaire de la relation Alger-Bamako ?