Fouad Chahat, directeur général de l'INRA
L’Algérie n’atteindra jamais l’autosuffisance alimentaire. Fouad Chahat, directeur général de l’Institut national de recherche agronomique (INRA), en est convaincu. « L’autosuffisance alimentaire est un mythe. Elle n’existe pas même dans les grands pays agricoles tels que le Brésil, les Etats-Unis ou l’Union Européenne. L’Algérie ne sera jamais autosuffisante en sucre. Il nous faudra un million et demi de tonnes de sucre en vingt ans. Où les produire ? La betterave pousse mal dans le pays et nous ne pouvons pas cultiver la canne à sucre car nous n’avons pas suffisamment d’eau. L’eau sera préservée pour les cultures de blé et de pommes de terre », a-t-il déclaré, ce dimanche 17 octobre, sur les ondes de la chaîne III de la radio nationale.
L’Algérie devrait avoir, selon lui, une meilleure balance commerciale agricole. « Autrement dit, continuer à acheter ce que nous ne pouvons produire chez nous mais vendre à l’étranger d’autres produits », a-t-il préconisé. Pour le directeur de l’INRA, la crise alimentaire est encore là, même si elle est moins aiguë qu’en 2008. « Moderniser l’agriculture algérienne est la seule façon de progresser. Il faut utiliser plus de moyens et mieux produire en grandes quantités. Il faut permettre aux agriculteurs d’accéder à des techniques nouvelles et renforcer leur encadrement par des ingénieurs et des chercheurs », a-t-il relevé.
Il a appelé à intégrer les cultures maraîchères sous serres multi chapelles pour assurer l'approvisionnement régulier en produits agricoles des grandes agglomérations. « Cela permet de tripler les rendements sur des surfaces identiques, de ne pas être victimes de l’étroitesse des superficies disponibles autour des grandes villes et de mieux maîtriser la culture », a-t-il indiqué. Ce système mettra l’Algérie, selon lui, à l’abri des aléas climatiques. « Il nécessite encore un accompagnement par des chercheurs parce qu’il s’agit de techniques fines qui exigent le respect strict des méthodes de culture. En une année, les agriculteurs peuvent maîtriser ces techniques. Cependant, nous ne pouvons pas être négligeants avec les serres multi chapelles en raison des coûts élevés », a-t-il insisté. Selon lui, ce système permet de cultiver davantage de produits primeurs ou de produits d’arrière saison. « Et donc, nous serons capables de conquérir des marchés extérieurs pour ces produits là», a-t-il observé.