Dopées par l'arrivée de Bombardier et les commandes d'Airbus, les PME françaises multiplient les investissements à Tanger et à Casablanca.
L'euphorie s'est emparée du Maroc! Au dernier salon aéronautique de Marrakech qui s'est tenu début avril, les industriels avaient dans leurs cartons des projets avancés d'agrandissement ou de création d'usines, d'embauches, de lancement d'activités...
Pour leur très grande majorité, il s'agit de filiales d'entreprises françaises (Lisi, Le Piston français - groupe SERMP -, Mecachrome, Segula Technologies...) qui se sont implantées dans le royaume dans les années 2000 pour suivre leurs grands donneurs d'ordres comme Aircelle, Labinal, Daher, entre autres. La « french connection » assure ainsi 90% des bataillons du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas), qui s'est inspiré, pour son organisation, de son homologue français, le Gifas.
Elle n'est pas la seule à investir. Indraero, installé près de Châteauroux (Indre), veut faire passer son effectif de Tanger de 150 à 200 salariés. Le fabricant de pièces élémentaires Mecachrome et son partenaire L'Électrolyse y ouvriront cet été une unité de traitement de surface pour pièces de grandes dimensions. Et feront passer le nombre de salariés de leurs filiales de 60 à 120. Le Piston français mène un projet industriel important à Casablanca. Pour augmenter sa production de pièces de moteurs, de structure, d'équipements de freins et de cockpits, il lancera l'an prochain un projet d'extension d'usine de 3 000 mètres carrés, de quoi doubler sa surface. « Cela répond à nos besoins de croissance, explique Vincent Fontaine le directeur de l'usine. Nous visons un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros en 2015, contre 7,1 millions l'an dernier. » Ces initiatives sont représentatives de l'enthousiasme de l'industrie aéronautique marocaine.
Gains de compétitivité
Le Maroc est une destination industrielle prisée à plus d'un titre. Tout d'abord, pour ses bas coûts de main-d'oeuvre. Le salaire minimum marocain, même s'il progresse sous la pression sociale, est de 2 500 dirhams, soit quelque 200 euros. Une aubaine pour les industriels en quête de points de compétitivité. « C'est simple, les clients demandaient des rabais à deux chiffres, explique un industriel. Soit on trouvait des moyens de baisser nos coûts, soit les marchés partaient en Chine ou en Russie. Nous développer au Maroc, c'est un moyen de garder les productions. » Ainsi, des gains de compétitivité de 20% à 30% sont constatés sur les pièces à forte activité de main-d'oeuvre. Le développement dans le pays ne se ferait toutefois pas au détriment de l'investissement en France. «Grâce à la compétitivité du Maroc, nous prenons des nouveaux marchés et nous développons des emplois en France », affirme Bruno Vazzoler, de Segula Technologies. D'ailleurs, si sa société se développe au Maroc, elle continue d'investir significativement dans l'Hexagone, où elle a enregistré 15% de croissance l'an passé. L'ingénieriste industriel vient d'annoncer la création d'une usine de 12 000 mètres carrés à Albert, en Picardie, voisin de l'établissement de son client Aerolia pour l'assemblage de panneaux. Entre les usines françaises et marocaines les tâches sont tout simplement partagées. « Les pièces qui nécessitent beaucoup d'intensité capitalistique et une forte technicité, ainsi que les assemblages finaux sont réalisés en France, indique Arnaud de Ponnat, le directeur industriel de Mecachrome. En revanche, les activités à forte intensité de main-d'oeuvre, comme le formage, le perçage, le ragréage et l'assemblage de sous-ensembles de petite et moyenne dimension, sont réalisées au Maroc. »
Atouts majeurs
Avec d'autres atouts, comme la grande diffusion de la langue française ou une logistique efficace, le Maroc s'est rapidement développé. « Aujourd'hui, une centaine d'entreprises aéronautiques sont installées sur le territoire, se félicite Hamid Benbrahim El-Andaloussi, le président du Gimas. Cette industrie représente environ près de 10 000 salariés, contre moins de 2 000 il y a sept ans! » Le secteur a réalisé en 2011 un chiffre d'affaires à l'exportation de 1 milliard de dollars (plus de 760 millions d'euros) et enregistre une croissance moyenne annuelle comprise entre 15% et 20%. À ce rythme, les ambitions marocaines de s'imposer comme la plate-forme low cost de référence aux portes de l'Europe sont grandes. « Nous voulons doubler de taille d'ici à sept ans », poursuit le patron du Gimas. Le pays met les moyens : l'an prochain une zone franche industrielle, le Midparc, ouvrira à Casablanca. Sa vocation ? Aider les plus petites PME à franchir la Méditerranée. Elles pourront louer des terrains, des bâtiments et même des ateliers de production provisoires... L'État marocain investira 400 millions d'euros.
Le recrutement de personnel formé reste le point le plus délicat. Aujourd'hui, les sous-traitants forment à leurs frais les techniciens qui leur font défaut. Il faut compter environ un mois pour un spécialiste du formage de pièces, trois à quatre mois dans le domaine de l'usinage. Tous saluent la création en 2010 de l'Institut des métiers de l'aéronautique (IMA) et se réjouissent à l'idée que 1 000 techniciens en sortiront chaque année avec leur soutien et en alternance [lire page 35]. Une fois recrutés, ce sera un défi de les garder, comme l'a montré la récente installation de Renault à Tanger. « Cela a créé un appel d'air, explique un industriel implanté à Tanger. Le turn-over est monté en flèche. Il a dépassé 10%. Aujourd'hui, les choses se sont calmées : le taux est redescendu sous les 3%. »
Projets complets
Confiants dans le développement du secteur au Maroc, les industriels ont commencé à monter en gamme. « On a investi il y a deux ans dans l'une des usines les plus modernes de traitement de surface, explique Philippe Parpant, chargé des produits internationaux chez Lisi Aerospace Creuzet. Elle est automatisée et répond aux certifications exigées par les grands clients comme Airbus, Bombardier, Eurocopter, Boeing... » Le Piston français, lui, a misé sur son bureau des méthodes. «Nous ne sommes pas un site de délestage pour les autres usines du groupe, explique Vincent Fontaine. Nous assurons nos propres industrialisations. Notre bureau des méthodes, qui compte une quinzaine de personnes, gère les projets, de l'étude de faisabilité aux préséries, en passant par la programmation de nos machines d'usinage et l'estimation du coût de fabrication. »
Le pays veut dépasser le statut de base industrielle low cost. Le futur Midparc vise ainsi à attirer des expertises : logiciels embarqués, technologies de défense et de sécurité, activités spatiales. Dans ce dernier domaine, le chemin sera long. « Le spatial nécessite des compétences très pointues, avec le niveau ingénieur au minimum », souligne Ghislain de la Sayette, le directeur export pour l'Afrique chez Astrium, qui disposait pour la première fois d'un stand au salon de Marrakech.
Pas de quoi doucher l'optimisme du patron du Gimas qui déclare : « Le phénomène de colocalisation va aller au-delà des métiers de main-d'oeuvre. Elle va toucher l'ingénierie et la R et D du fait de la pénurie d'ingénieurs en Europe. » Une prédiction en passe de se réaliser. Une division d'ingénierie de Safran et de sa filiale Morpho, spécialiste de la sécurité numérique, a déjà pris pied dans le royaume.
Source : usinenouvelle.com
