Ouverture des charniers datant de la décennie noire
Les familles de disparus veulent que les autorités algériennes acceptent l’ouverture des charniers dans lesquels les terroristes enterreraient les corps de leurs victimes. C’est le message lancé ce samedi 16 octobre à Alger par Mme Nassera Dutour, présidente du collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA) lors d’une rencontre organisée par la fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED), dont elle est la présidente. Celle-ci compte plusieurs associations algériennes, bosniaques, chypriotes, espagnoles, irakiennes, libanaises… L’Algérie est représenté par les associations Djazirouna et Somoud.Mme Dutour a ainsi invité les pouvoirs publics algériens à accepter la venue d’experts étrangers pour les aider à identifier les corps des victimes qui, une fois connues, permettront enfin à leurs familles d’entamer leur deuil. « Plus le temps passe, plus les possibilités de leur identification devient difficile à effectuer », intervient Ali Merabet, président de l’association des disparus Somoud.
Ce dernier affirme que le nombre des charniers contenant des cadavres de victimes du terrorisme est important. Pour la seule région de Sidi-Moussa à Blida dans laquelle il vivait avec sa famille, dont son frère porté disparu à ce jour, il a pu dénombrer 17 charniers qui n’ont jamais été ouverts. « L’Etat fait exprès de les ignorer en les recouvrant de chaux pour éviter que l’odeur des cadavres ne trahisse leur existence et parfois on y dépose des vieilles voitures. Certains chantiers ont été ouverts parce que l’on soupçonnait que le cadavre d’un haut placé y était et la manière avec laquelle le déterrement des os s’est faite laisse à désirer. J’ai vu des os entassés pêle-mêle dans des seaux d’eau tant les moyens utilisés sont dérisoires », a-t-il déclaré.
La présidente de Djzairouna, Chérifa Kheddar, dénonce l’absence de volonté politique de la part des autorités algériennes pour régler définitivement le dossier des disparus : « On nous dit que l’identification par l’ADN nous revient trop cher, nous répondons que cela ne peut pas coûter plus que ce que nous avons payé jusque-là et que de toutes les façons rien ne vaut le respect de la vie humaine et des droits humains ! ».
Dans son exposé sur les disparitions en Algérie, le Dr Aimen Boudellaa s’est basé sur les données recueillies auprès des associations de disparus pour établir une étude qui démontre certaines indications sur les cas étudiés et qui remontent à la décennie noire. Ainsi, il en ressort que près de 19 % des disparitions ont été le fait d’individus inconnus, près de 18 % par le fait de la police, 12.5% de militaires, et 11.9 %de gendarmes. Alger détient la palme du nombre des disparus avec 25.5 %, suivie de Constantine avec 16.4 % et de Oran avec 8.7 %, alors que les années 1994, 1995 et 1996 ont connu le pic en termes de nombre de disparus dont l’âge varie essentiellement entre 20 et 40 ans. Prés de la moitié des disparitions forcées ont été effectuées aux domiciles des victimes ou à proximité, 14.7 % dans la rue et 14.6 % dans leurs lieux de travail ou à proximité.