Il convient cependant de préciser que les visites croisées s'effectuent par voie aérienne, ce qui implique de l'autre côté - autrement dit l'Algérie - un déplacement jusqu'aux pistes d'aviation alors que le HCR propose aussi la voie terrestre, autrement simple et direct. Le gouvernement algérien, qui n'a jamais autorisé le HCR à se rendre dans les camps, s'oppose fermement à ce que la voie terrestre soit empruntée par les familles désireuses de se rendre au Maroc.
Si l'on s'obstine à ne pas comprendre le refus persistant du gouvernement algérien à coopérer avec le HCR, l'on imagine en revanche son désarroi à ouvrir la frontière à des candidats chaque jour plus nombreux qui souhaitent regagner le Maroc. Il préfère, pour ainsi avoir prise sur eux, et s'acharne à les contrôler et surtout limiter le nombre de candidats souhaitant se rendre dans la mère patrie. Car, beaucoup d'entre eux préfèrent rester au Maroc et ne souhaitent pas retourner dans les camps.
Et le polisario entend les en empêcher coûte que coûte. C'est là, à vrai dire, le nœud gordien de l'affaire. Limiter autant que faire se peut le nombre des candidats, par le moyen d'entraves administratives ou de sélection arbitraire, maintenir leur contrôle en imposant les déplacements par voie aérienne, participent en somme d'une stratégie bien claire : la division des familles sahraouies. Alors que le Maroc inscrit son engagement auprès du HCR dans un esprit purement humanitaire, le gouvernement algérien en fait une instrumentalisation politique flagrante.
Là où le premier s'efforce de faciliter la réintégration familiale en dissociant les dimensions humanitaire et politique, le deuxième persiste à politiser les sentiments et les attentes de milliers de personnes.
Le refus du gouvernement algérien de laisser nos frères sahraouis traverser la frontière par voie terrestre pour retrouver leurs familles – ce qui suppose une limitation arbitraire et programmée de leur nombre – n'est pas à isoler de sa décision de garder les frontières fermées avec le Maroc. Il s'en tient ainsi à cette fermeture qui est un blocage délibéré, jouant avec le destin des uns et des autres, brisant leurs espoirs et foulant en somme les principes humanitaires et la loi internationale. De même qu'en 1975, le gouvernement algérien n'avait pas, dans une logique dérisoire et stupide de représailles, hésité à expulser des centaines de Marocains installés depuis des lustres en Algérie, il persiste de nos jours à empêcher nos frères séquestrés dans les camps de Tindouf à retrouver leurs familles. La pression humanitaire devient ainsi un procédé politique scabreux et désastreux. C'est le propre des régimes habitués à étouffer les libertés, qui n'ont aucun scrupule à instrumentaliser les sentiments à des fins politiques.
Le résultat ? Une inextricable situation humanitaire dans les camps, à Tindouf et Lahmada, des souffrances et une interminable détresse de nos frères exposés à la communauté internationale par le polisario et le gouvernement algérien comme des « réfugiés » sahraouis alors qu'ils sont en réalité des séquestrés, emmenés de force, et conduits sous la menace dans les camps. Il convient de rappeler qu'en fait de « réfugiés » sahraouis, il s'agit de séquestrés pour lesquels le Maroc ne cesse de combattre et la libération desquels il se mobilise depuis des lustres. Mieux, l'impératif de démystifier une situation créée de toutes pièces par le polisario et le gouvernement algérien incite à rappeler que le polisario, en quittant en 1975 le Sahara marocain, avait embarqué de force des populations, parquées et servant de parade devant les instances internationales.
Mais la mascarade ne s'est pas limitée à cette insidieuse propagande de faire croire au monde que des séquestrés sont transformés en « réfugiés ». Les sécheresses successives qui avaient frappé la région dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix avaient contraint des populations entières en déshérence, vivant dans les zones arides du Sahel notamment, à transhumer d'un pays à l'autre, traversant des frontières fictives. Le polisario et la sécurité militaire algérienne avaient alors recueilli de force ces groupes égarés et sans papiers d'identité – composés de touaregs, de nigériens, de maliens et même des mauritaniens – et les avaient conduits dans les camps de Tindouf et Lahmada pour en faire des « réfugiés sahraouis ».
Il leur fallait grossir le nombre de ces prétendus réfugiés et faire accroire à un peuple en exil forcé. C'est se méprendre, à vrai dire, sur la volonté du Maroc qui n'a de cesse de dénoncer la mascarade et du polisario, crée de toutes pièces par les services algérien et espagnol de l'époque, et du pseudo-peuple sahraoui. Car, le peuple sahraoui, l'authentique et vrai, réside paisiblement en territoire marocain, au Sahara, depuis la libération en novembre 1975. Il a fait son choix définitif depuis des années, celui de la mère patrie, le Maroc. Aussi, lorsque le HCR a demandé au gouvernement algérien l'autorisation de se rendre dans les camps de Tindouf pour identifier, en vertu de critères précis de l'ONU, les vrais sahraouis de ceux qui ne le sont pas, se heurte-t-il constamment à une véritable fin de non-recevoir. S'il parvenait à rendre visite aux camps de Tindouf et à s'entretenir librement avec les populations, le HCR pourrait être surpris, à coup sûr, de découvrir que la majorité d'entre elles, notamment marocaines, ne demandent qu'à retourner au Royaume et à retrouver leur mère patrie.