Algérie : Bouteflika ; Une apparition et des interrogations !

Le président Bouteflika, incapable de présider un Conseil des ministres, a été montré par la télévision à plusieurs reprises dans la même posture. Sa dernière apparition remonte à la mi-août dernier quand il avait reçu, séparément, le Premier ministre Abdelmalek Sellal et le chef d’état-major de l’ANP. 

A l’époque, le message visait à prouver à l’opinion que l’état de santé de Bouteflika ne s’était pas
intensément dégradé pour faire taire ainsi les rumeurs persistantes. Cette nouvelle apparition reste cependant énigmatique.

Cette nouvelle apparition du président Bouteflika qui, au lieu de rassurer, inquiète un peu plus. Hier mardi 3 septembre, Abdelaziz Bouteflika a été filmé recevant Ahmed Gaïd Salah le chef d’état-major de l’ANP. Cette audience présidentielle venait après celle accordée au Premier ministre. A la différence que celle-ci a été filmée.

On y voit le chef de l’Etat, non plus en robe de chambre comme précédemment à Paris, mais pas non plus en costume. Il est vêtu d’une chemise bleue sortie du pantalon et alors que les flashs du photographe crépitent, il apparait comme un papillon pris en pleine lumière. Le montage vise, comme lors de sa première apparition, à montrer qu’il est totalement valide du côté droit lorsqu’il dirige sa main vers la table et sa tasse à café. Le côté gauche demeure immobile et la répétition d’une vidéo à l’autre fait deviner un reste de paralysie consécutif à son AVC.

En réalité, le président apparait totalement affaibli. Pour la première fois, on l’entend parler, sa voix chevrotante et au débit très lent peine à se faire entendre lorsqu’il demande au général Gaïd Salah de procéder à une déclaration solennelle sur un sujet qui n’est pas évoqué. On entend également distinctement quoique très doucement « qu’il faut rappeler notre position ».

Le général Gaïd Salah lui-même a l’air gêné de se retrouver dans pareille situation, à la fois humiliante pour le Président, forcé à parler et à apparaître pour maintenir l’illusion d’un exercice normal du pouvoir.

Quel message, l’entourage du Président veut-il faire passer avec des apparitions de ce type ? Assurément montrer que le Président continue de présider. Mais dans quelles conditions, au lendemain du report d’un Conseil des ministres qui a entraîné l’annulation de la Loi de finances complémentaire 2013 et le report de l’entrée en vigueur de plusieurs mesures dont celle relative à la suppression des taux d’intérêt pour les crédits Ansej ?

A l’évidence, si un tête-à-tête lui est pénible, Abdelaziz Bouteflika est dans l’incapacité de diriger une réunion large avec son gouvernement. Quatre mois et demi après son transfert dans les hôpitaux parisiens, le Président est un malade convalescent d’un âge avancé.

La Présidence veut-elle adresser un autre message à l’opinion publique pour dire que le report, sine die, de la réunion du Conseil des ministres n’a aucun rapport avec une quelconque aggravation de la maladie du Président ? Le chef d’état-major Ahmed Gaïd-Salah est-il porteur d’un message de l’armée à Bouteflika pour lui rappeler que le pays est en panne à cause de sa maladie et qu’il devrait faciliter la transition vers un nouvel Exécutif dans la perspective de la présidentielle d’avril 2014 ? Toutes les interrogations sont, en tout cas, légitimes. Les membres de l’Exécutif se montrent, depuis quelque temps, dans de mauvaises postures. Ils s’accommodent toujours de la situation et leurs déclarations sur le fonctionnement des institutions deviennent aléatoires. Leurs agendas sont souvent remis en question.

Preuve en est l’annulation de la loi de finances complémentaire (LFC 2013) qui a été pourtant préparée durant la période estivale. De plus, l’entêtement des tenants du pouvoir à maintenir en poste le président Bouteflika a plombé la scène politique nationale. Les partis et les leaders politiques qui souhaitent s’engager dans la prochaine course vers le palais d’El Mouradia sont dans l’expectative. Il n’arrivent pas à comprendre les intentions du pouvoir qui les a habitués, durant des années, à fermer le jeu électoral et à ne permettre que l’élection du «candidat du consensus».