Il y a encore quelques années, l’euro était considéré comme une monnaie de référence, capable de jouer dans la même cour que le dollar américain ou le yen japonais.
Elle inspirait confiance auprès des citoyens européens qui y voyaient une manifestation concrète de ce qu’est l’Europe, mais également auprès des investisseurs étrangers qui, bien que méfiants sur cette organisation monétaire unique en son genre, étaient rassurés par les profits réalisés Mais la crise financière de 2008 a fendu le voile, et du jour au lendemain, les critiques autrefois silencieuses se sont multipliées pour dénoncer les faiblesses de la monnaie européenne.Ainsi, l’Espagne, le Portugal, l’Italie mais surtout la Grèce sont désormais confrontés à une dure réalité : ils ne sont pas au niveau de leurs partenaires européens membres de la zone euro. D’ailleurs, à l’exception de l’Allemagne pour l’instant, les membres de la zone euro dans leur ensemble sont en difficulté, devant prendre des mesures pour endiguer la crise, sans pouvoir jouer sur le cours de la monnaie, la dévaluant comme c’était le cas au temps des monnaies nationales.
Le problème fondamental est que l’on a doté des pays d’une monnaie commune, sans leur associer un budget commun et des règles de discipline communes. Les dirigeants européens ont feint la surprise, mais leur part de responsabilité est grande. En avançant qu’à petits pas dans l’intégration européenne, afin de préserver leur souveraineté nationale qui est déjà forte entamée par ailleurs, ils ont fragilisé l’Europe, ne la dotant pas des outils nécessaires pour répondre à la crise.
Certes, des progrès sont en cours avec entre autres le MES (Mécanisme européen de stabilité) et le FESF (Fonds européen de stabilité financière), mais ils sont insuffisants et ce pour deux raisons : ils sont des réponses immédiates à des attaques rapides des marchés et deviennent obsolètes ou inefficaces dès les suivantes, mais surtout, leur mise en place prend du temps avec l’aval des membres passant par la ratification au parlement, avec un calendrier législatif différent pour chaque pays.
Ils montrent en outre que l’Europe ne parvient pas à se projeter dans le moyen terme, à penser son approfondissement, pourtant seule chance de se sortir par le haut de la crise. Il est vrai que le temps des grands Européens semble révolu ; les dirigeants actuels jouent constamment sur deux tableaux, souhaitant des améliorations au niveau européen tout en s’assurant que cela n’aura pas de conséquences néfastes en matière de politique intérieure.
On ne pense plus « Europe », on conçoit cette dernière comme le problème alors que c’est la solution. En agissant ainsi, il n’y aura que des perdants. On pourrait penser à première vue que l’Allemagne est éloignée des tourments de la crise. Certes, la chancelière Merkel est aujourd’hui le dirigeant européen le plus écouté, son pays étant la première puissance économique du continent. Mais cette puissance dépend mécaniquement de la bonne santé de ses partenaires membres de la zone euro, vu que la majorité de ses exportations sont réalisées au sein de cette zone.
L’Allemagne a tout intérêt à aider les pays en difficulté, Grèce en tête, même si cela représentera un coût important. Ne rien faire et laisser ces pays sombrer serait pire pour l’économie allemande qui perdrait des marchés anciens, et qui verrait son secteur bancaire mis en grande difficulté en raison de ses nombreuses participations dans des banques grecques, espagnoles et italiennes. Les agences de notation ont bien analysé cette faiblesse, l’agence Moody’s ayant récemment abaissé la perspective de la dette publique allemande, passant de « stable » à « négative ».
Ces craintes sont d’autant plus fondées que l’Allemagne est le pays qui prête le plus en Europe, sans que des résultats positifs durables soient à signaler. Ainsi, la sortie de la Grèce de l’euro n’est plus un tabou… Il s’agirait pourtant d’une catastrophe pour l’Europe, le risque de contagion à d’autres pays étant fort probable. Cela signifierait la fin de l’euro, avec des répercussions économiques difficilement imaginables pour les autres puissances économiques dans le monde.
La situation est-elle irréversible ? Sûrement pas. Les pays de la zone euro ne sont pas aussi faibles qu’on le prétend. Ils ont des savoir-faire technologiques uniques au monde, des industries de haut niveau, ils sont dans un espace relativement sécurisé. Mais ce n’est qu’en mutualisant leurs compétences qu’ils parviendront à reprendre le dessus et à redonner à l’euro sa vraie valeur. Cela exige un courage politique et de puissantes convictions européennes. L’Europe, et l’euro surtout, sont à un tournant de leur histoire.
Maxime Pinard